Mon corps me somme de l'écouter. Je suis prise de palpitations et je m'écroule. Quelques heures avant. La soirée que j'ai pris soin d'organiser. La soirée où j'avais envie d'être. Montées de fièvre, chutes de tension. Mon corps me fait le grand huit. Il fallait que ça arrive.

Les nerfs craquent. Les larmes ne cessent de se déverser. J'ai définitivement besoin de repos. Et c'est plutôt mal tombé. J'ai pas franchement le temps pour ces détails. J'ai un train à prendre, un sac à finir, un festival à rejoindre. Mon rendez-vous annuel. Ben j'y serai pas.

La fièvre me fait délirer. Mais ne m'empêche pas de réfléchir. Au fond de mon lit, avec mes questions existentielles. Secret professionnel et vie de couple.
Pour le premier, je me dis qu'il ne fait pas bon vivre pour un enfant placé. Déplacé. Sous une loupe. Débattre en équipe des entretiens du psy, avec les mots des gamins à l'appui. Ne pas vouloir que le gosse soit suivi ailleurs, parce que, je cite ; "Ils ne veulent rien nous dire, même en passant par le psy d'ici !". Moi pas tout saisir.
Pour le second, je suis désormais certaine de ne pas vouloir tout sacrifier pour. La notion même me donne envie de vomir. Il n'y a qu'une fille pour faire des sacrifices aussi aberrants. Ses convictions et ses amis, en premier lieu. Elles se gargarisent. Mon homme ceci, mon homme cela. Elles ont des projets, elles. Ça commence par un appartement. Souvent. Et puis des fiançailles, parce que la robe de princesse, tout ça. Un mariage évidemment. Un bébé, plusieurs. Parfois un achat ou une rupture au milieu. Et une maison qui tourne, une jolie routine. 

Je n'en ai pas envie. Non, vraiment. Moi, j'ai envie de bouger. Ou d'aller m'enterrer au milieu de vignes et de chèvres. Ou dans un squat à Berlin. En attendant, il y a Joe Satriani. Qui ça, ils me demandent. Dieu le père. Sauf que. Mon banquier ne veut pas m'offrir le concert. Sueurs froides. Ça va bien se passer. Je suis juste en train de rater le moment de l'année que je préfère. Ils y sont tous, à mettre debout mon festival. Moi, j'agonise. Mon estomac fait du macramé. Je ne peux pas aller me chercher de l'eau sans que mes genoux plient au milieu du trajet. Mes bras pèsent trois tonnes chacun. Bref, la poisse.

Et pour finir, un cri du cœur. Je veux rester seule. Je veux finir vieille fille. De celles qui donnent des coups de canne aux pigeons et aux enfants. Tatie Danielle est mon modèle.
En attendant. Oui, je suis très bien toute seule. Non, je ne suis pas avec Machin. Et je n'ai pas l'intention de me mettre avec Machin. Et si t'as surpris ma langue dans sa bouche, crois-moi, j'en suis vraiment désolée. J'espère que ça ne t'empêche pas de dormir.